La transmission de notre maison familiale à nos cinq enfants

Nous nous appelons Gérard et Martine. Nous sommes retraités, parents de cinq enfants. Cette maison familiale, estimée aujourd’hui à 1,2 million d’euros, nous l’avons aimée et pensée comme un lieu de rassemblement. Très tôt nous avons su une chose. Nous ne voulions pas que notre décès transforme ce lieu en source de tensions ou d’obligations financières. Alors nous avons anticipé longtemps à l’avance.

Parler d’argent n’a jamais été un tabou. Nous en avons toujours parlé avec nos enfants. Pas pour leur apprendre à être riches, mais pour leur apprendre à comprendre. Comprendre qu’un patrimoine n’est pas un cadeau tombé du ciel, mais une responsabilité. Comprendre aussi que l’impôt, la transmission et les règles existent ; qu’on peut les utiliser intelligemment.

Très tôt, nous avons été clairs. Cette maison, si vous le souhaitez, vous la garderez ensemble. Nous ne voulons ni vente forcée, ni conflits, ni décisions prises dans l’urgence. Et nos enfants étaient d’accord. Ils s’entendent bien. Ils ont toujours su qu’ils hériteraient à cinq, en indivision et que ce serait un choix assumé, pas subi.

L’indivision n’était pas le problème. Contrairement à ce que l’on entend souvent, l’indivision ne nous inquiétait pas. Parce que nos enfants étaient préparés et partageaient la même vision. Le vrai sujet, c’était le cash. Car quand les droits de succession arrivent, il faut les payer rapidement et en liquide.

Avec une valeur de 1,2 million d’euros, chaque enfant reçoit 240 000 €. Après abattement, il reste une fiscalité de 6 200€ par enfant, soit 31 000 €. Modérée, certes mais à laquelle s’ajoute des frais de notaires. Nous avions compté environ 1% de la valeur de notre maison soit 12 000 €. On est vite montés à 43 000 €. Nous savions une chose, nous ne voulions pas que nos enfants aient à vendre ou se débrouiller dans l’urgence pour payer l’État.

C’est là que nous avons pris la décision de provisionner les fonds sur une assurance-vie dédiée. Nous avons constitué, au fil des années, un contrat suffisamment alimenté pour couvrir l’intégralité des droits de succession, les frais de notaire, et même plusieurs années de charges et d’entretien de la maison. Chaque enfant bénéficiant d’une abattement de 152 500 € sur la transmission des capitaux, les droits de succession n’étaient plus un problème.

Le jour venu, tout était fluide. Lorsque nous sommes partis, nos enfants n’ont pas eu à sortir un euro de leur poche. Ils ont pu faire exactement ce que nous espérions. Aujourd’hui, ils peuvent l’utiliser librement en famille, la louer quand elle est inoccupée, constituer une réserve commune pour son entretien.

Ils ont hérité d’un bien, mais surtout d’une liberté de décision. Ce que nous voulions transmettre au fond c’est cette capacité à reproduire le même schéma pour leurs propres enfants. Nous n’avons pas cherché à éviter l’impôt à tout prix. Nous avons cherché à éviter les problèmes et à faire de nos enfants des adultes libres.

Nous avons rangé notre chaise mais la maison est toujours là et la famille aussi. Et nos enfants n’ont pas hérité d’un stress, mais d’un projet commun. En matière de transmission, ce n’est pas la valeur qui compte le plus. C’est la manière dont on la rend vivable. Et si nous avions un message à laisser derrière nous, ce serait celui-ci. Un patrimoine bien préparé ne se voit pas le jour de la signature, mais dans la sérénité de ceux qui restent.

 

Amélie Damiens, Expert en gestion de patrimoine

Cabinet de conseil DAMIENS DE LYS,

Carcassonne, Occitanie, France

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