Crise : votre argent est inaccessible il est toujours là !

Aperçu

Dans l’imaginaire collectif, l’accès à son argent bancaire est considéré comme acquis. Pourtant, l’actualité récente montre une réalité plus préoccupante. En période de fragilité économique, sociale ou financière, l’argent peut rester sur votre compte sans être immédiatement accessible. En cette période de tensions, des gestes simples existent pour se protéger.

Pour le contexte, en 2015, la Grèce a limité les retraits de ses citoyens à quelques dizaines d’euros par jour. Chypre avant elle, a instauré des contrôles de capitaux du jour au lendemain. Au Liban depuis 2019, des milliers de ménages disposent d’une épargne inutilisable, encore bloquée à ce jour.

En février 2022, le Canada a démontré qu’un État moderne pouvait, en situation exceptionnelle, restreindre l’accès aux fonds sans préavis. Lors de la crise dite du Freedom Convoy (manifestations et blocages liés aux mesures sanitaires), le gouvernement canadien a activé la Loi sur les mesures d’urgence (Emergencies Act).

Dans ce cadre, des comptes ont été gelés, sans décision judiciaire, concernant des organisateurs et des personnes ayant effectué des dons aux mouvements concernés, y compris via des plateformes de financement participatif.

Les personnes visées n’avaient pas perdu leur argent, mais n’y avaient plus accès pendant la durée de la mesure : impossibilité de retirer, de payer ou d’utiliser leurs fonds normalement.

Pourquoi cet épisode est fondamental d’un point de vue patrimonial ? L’enjeu n’est pas politique. Il est structurel. Cet événement a démontré que même dans un État de droit avancé, même sans crise bancaire, même sans faillite personnelle, l’accès aux liquidités peut être restreint très rapidement, pour des raisons exceptionnelles, administratives ou sécuritaires.

C’est précisément ce point qui est central dans un raisonnement de gestion de patrimoine : la distinction entre « avoir de l’argent » et « pouvoir l’utiliser immédiatement ». Ces mesures ne sont jamais annoncées longtemps à l’avance. Elles arrivent vite, pourquoi pas un vendredi soir et deviennent effectives avant que la majorité n’ait eu le temps de réagir.

Le vrai risque, c’est d’attendre le moment où tout le monde agit. Le principal danger n’est pas de manquer d’argent, mais de manquer de liquidité au moment critique. Lorsque les tensions apparaissent, les distributeurs se vident, les plafonds de retrait sont abaissés, les banques deviennent frileuses et les comportements de masse aggravent la situation.

Quand l’idée de retirer du cash devient évidente, il est déjà trop tard. Le cash permet d’acheter l’essentiel si les paiements électroniques sont perturbés et de conserver une autonomie immédiate. Il s’agit d’un filet de sécurité, pas d’une stratégie de défiance.

Une règle clé reste de privilégier les petits retraits réguliers et s’y tenir dans le temps plutôt qu’un gros retrait unique. Pourquoi ? Les gros retraits attirent l’attention (bancaire, administrative). En cas de durcissement soudain, ils peuvent être bloqués ou retardés.

Les petits montants sont légitimement associés à un usage courant. A ceci près que dans notre exemple, vous conservez vos liquidités évidemment. Retirer progressivement chaque semaine ou en début de mois, permet de constituer une réserve progressivement, sans signal d’alerte ni stress inutile.

Combien conserver ? Sans entrer dans l’excès, une base prudente consiste à disposer de l’équivalent de 2 à 4 semaines de dépenses, peu importe le temps que cela vous prendra pour les réunir. Car, quoi que vous ayez réussi à faire, la préparation vaut mieux que l’urgence.

Pourquoi il faut agir maintenant ? Mettre du cash de côté ne relève pas de la panique, mais de la préparation rationnelle. La contestation croissante en France et à l’étranger nous amène à penser, sans vouloir être alarmiste, qu’il vaut mieux anticiper. En gestion de patrimoine, la différence entre ceux qui subissent et ceux qui traversent une crise tient à une chose, l’anticipation. Le cash de précaution ne sert pas tous les jours. Mais le jour où il est indispensable, il n’est déjà plus disponible pour ceux qui n’ont pas agi à temps. Agir dès aujourd’hui, avec calme et méthode, c’est protéger vos proches et tendre vers la construction d’un patrimoine résilient.

Amélie Damiens, Expert en gestion de patrimoine

Cabinet de conseil DAMIENS DE LYS,

Carcassonne, Occitanie, France

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