Éduquer ses enfants à l’argent, un héritage qui dépasse les chiffres

Quand on pense transmission, on imagine biens immobiliers, placements financiers, donations. Pourtant, avant de transmettre des actifs, vous transmettez un rapport à l’argent. Vos enfants observent vos décisions, vos peurs et vos habitudes. L’éducation financière fait partie de ce capital invisible qui prépare (ou non) la génération suivante à recevoir votre patrimoine.

Osez en parler tôt et sans tabou ! Le silence autour de l’argent crée deux écueils, de l’angoisse ou de l’inconscience. A l’inverse, mettre des mots sur les choses permet de poser un cadre. Sans entrer dans les montants, vous pouvez expliquer à votre enfant que l’argent est une ressource limitée, qu’il résulte d’un travail ou d’un placement, et qu’il sert à financer des besoins et des projets.

Autrement dit, l’argent devient un outil au service de la vie, et non un sujet honteux ou purement relatif à la consommation. L’argent de poche en est le premier laboratoire. Il n’est pas une récompense automatique, ni un simple plus. C’est un premier terrain d’apprentissage.

Posez une règle avec un montant, une fréquence et ce qui est à la charge de votre enfant en contrepartie (tâche domestique par exemple). Laissez le décider et parfois se tromper. Revenez avec lui sur ses choix : « As-tu préféré tout dépenser tout de suite ou garder pour plus tard ? Qu’as-tu ressenti ? »

Vous introduisez ainsi la notion de renoncement, de patience mais surtout de responsabilité. Trois notions au cœur de toute stratégie patrimoniale.  Ensuite, initiez-le à l’épargne pour lui apprendre à se projeter.

Épargner, c’est accepter qu’un plaisir différé puisse avoir plus de valeur qu’une satisfaction immédiate. Vous pouvez matérialiser cette idée avec des enveloppes ou des bocaux : « dépenser maintenant », « projet », « don ». Puis à partir d’un certain âge, proposez-lui de verser une partie de l’argent de poche sur un livret, de même que des cadeaux en espèces, ou une petite rémunération issue de baby-sitting ou d’un job d’été.

L’objectif n’est pas de faire fructifier à tout prix, mais de lui faire expérimenter qu’un capital se construit dans le temps, que les petites sommes répétées finissent par compter. C’est ce même mécanisme qui adulte, lui permettra de comprendre l’intérêt d’un plan d’épargne, d’un investissement régulier et d’une constitution de patrimoine.

Vous pouvez aussi associer votre enfant aux choix du quotidien. Sans le charger de vos préoccupations, vous pouvez l’impliquer dans certains arbitrages. Demandez-lui de comparer deux produits au supermarché. Expliquez pourquoi on renonce à un achat impulsif pour conserver un budget vacances. Montrez lui qu’un même euro ne peut pas être dépensé deux fois.

Votre cohérence est déterminante. Si vous parlez de prudence et d’épargne mais multipliez les dépenses impulsives, le message implicite l’emporte sur le discours. En procédant ainsi, vous préparez déjà votre future transmission.

Un enfant qui a compris les mécanismes de base (la valeur du temps, le coût de l’inaction, la responsabilité des choix) sera mieux armé pour recevoir un patrimoine demain. Il saura pourquoi une assurance-vie ne se vide pas sur un coup de tête, pourquoi on ne vend pas la maison familiale dans l’urgence pour régler des droits de succession, pourquoi planifier est un acte de protection.

L’éducation financière n’est pas une simple question de calcul. C’est une éducation à la liberté et à la responsabilité. En transmettant ce capital « culturel », vous ne formez pas seulement de futurs héritiers, vous les préparez à faire grandir et protéger ce que vous aurez construit.

Amélie Damiens, Expert en gestion de patrimoine

Cabinet de conseil DAMIENS DE LYS,

Carcassonne, Occitanie, France

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